Bangui, 1er août 2026, LANOCA – La République centrafricaine est confrontée à une grave menace sanitaire. Lors d’une conférence de presse hebdomadaire ce samedi, tenue à Bangui, le ministre de la Santé et de la Population, Dr Pierre Somsé, a dressé le bilan d’une mission gouvernementale récente à Obo, dans la préfecture du Haut-Mbomou. À cette occasion, le ministre a lancé une mise en garde sans ambiguïté : la situation actuelle place le virus Ebola « aux portes de la Centrafrique », en soulignant que le risque d’importation est plus imminent que jamais.
Une progression inquiétante de l’épidémie d’Ebola
D’après le ministre Pierre Somsé, cette mission dans le Haut-Mbomou s’inscrit dans une stratégie de préparation face à une possible introduction de la maladie à virus Ebola. Le virus continue de sévir activement dans plusieurs provinces de la République Démocratique du Congo (RDC).
Les dernières données en provenance des autorités congolaises peignent un tableau préoccupant : plus de 3 500 cas enregistrés, avec un bilan dépassant les 1 500 décès.
En outre, des centaines de personnes infectées sont actuellement isolées. Ce sont toutefois les foyers actifs situés dans la province du Haut-Uélé, limitrophe du Haut-Mbomou, qui retiennent l’attention des responsables de santé centrafricains. En l’espace d’une seule semaine, cette zone a vu apparaître 336 nouveaux cas suspects, ce qui illustre la rapidité avec laquelle l’épidémie continue de se propager.
Selon le ministre, cette situation place la Centrafrique dans une position critique : « Le front de l’épidémie est déjà dans notre zone de vie, dans notre périmètre de vie », a-t-il déclaré.
La vulnérabilité des populations transfrontalières
L’interconnexion entre les populations vivant des deux côtés de la frontière avec la RDC exacerbe les risques pour la Centrafrique. Dans cette région enclavée, les échanges commerciaux, culturels et familiaux sont fréquents, en particulier parmi les communautés zandé qui occupent des territoires en Centrafrique, RDC et même au Soudan du Sud.
Le ministre a souligné cette proximité en expliquant que « les Zandés du Haut-Mbomou, ceux de la RDC et ceux du Soudan du Sud constituent pratiquement une même famille ». Ces interactions transfrontalières — qu’il s’agisse des marchés locaux, des activités minières ou des cérémonies familiales — intensifient les déplacements de population et augmentent ainsi les possibilités de propagation du virus.
Un autre défi majeur réside dans les rites funéraires traditionnels pratiqués par certaines communautés. D’après les informations recueillies par la délégation gouvernementale à Obo, certaines coutumes impliquent encore des contacts directs avec les dépouilles mortelles des défunts. Or, ces pratiques sont reconnues comme une voie importante de transmission du virus Ebola.
En guise d’exemple alarmant, le ministre Somsé a rappelé un récent incident survenu en RDC. Lors de cet évènement, des membres d’une communauté avaient ouvert le cercueil d’une victime de l’épidémie pour pratiquer des rituels funéraires traditionnels. Ce geste avait entraîné plusieurs nouvelles contaminations au sein de cette même communauté.
La République centrafricaine se mobilise face à ce danger imminent, mais les défis liés à la géographie, aux coutumes et aux liens transfrontaliers nécessitent une vigilance extrême et une réponse rapide afin d’empêcher l’entrée du virus sur son territoire.
Ebola à notre porte
Le ministre de la santé et de la population, Dr Pierre Somsé n’a pas cherché à atténuer le danger. « Le Haut-Mbomou est déjà la République centrafricaine. Ebola est à notre porte, il ne s’agit pas de savoir si nous aurons des cas, mais quand le premier cas apparaîtra », a-t-il affirmé. Cette déclaration est l’un des messages les plus fermes adressés à la population depuis le début de l’alerte régionale.
Conscients de la gravité de la menace, le gouvernement a envoyé plusieurs missions sur le terrain sous les instructions du Président de la République, avec l’appui des partenaires techniques et financiers. Un laboratoire hautement sécurisé déjà opérationnel à Obo.
Pour renforcer les capacités de détection précoce, les autorités sanitaires ont annoncé le déploiement d’un laboratoire hautement sécurisé à Obo pour effectuer des analyses rapides sur les cas suspects. Cette infrastructure est désormais la pièce maîtresse du dispositif de surveillance renforcée mis en place dans le Haut-Mbomou.
« Toute personne présentant de la fièvre est désormais prélevée et testée », a expliqué le ministre. Les contrôles ne se limitent plus à la prise de température aux points d’entrée : les patients fébriles admis à l’hôpital sont également systématiquement dépistés.
Pour les autorités sanitaires, l’objectif est clair : identifier rapidement le premier cas pour isoler le malade, protéger son entourage et limiter toute chaîne de transmission. Le dépistage précoce est aujourd’hui notre principal enjeu, a insisté Dr Pierre Somsé.
Choléra : une situation presque maîtrisée
La conférence a également permis de faire le point sur l’épidémie de choléra en cours dans le pays depuis plusieurs mois. À cet égard, les nouvelles sont rassurantes. Le ministre a annoncé que la République centrafricaine compte actuellement 720 cas cumulés, dont 46 décès. Grâce aux efforts de riposte, 669 personnes ont déjà été guéries, et seuls cinq patients demeurent hospitalisés.
Cependant, plusieurs cas continuent d’arriver de la RDC et du Congo voisin, compliquant les efforts de contrôle. Le gouvernement affirme avoir engagé des discussions avec les autorités congolaises et les partenaires internationaux pour renforcer la surveillance transfrontalière et réduire les risques de propagation.
Plus de 600 000 doses de vaccin contre le choléra attendues
Une autre annonce importante concerne l’arrivée imminente d’un lot important de vaccins contre le choléra. Plus de 600 000 doses ont été accordées à la République centrafricaine grâce au soutien de Gavi et de la communauté internationale. La livraison, attendue dès mardi prochain, permettra de lancer une campagne de vaccination ciblant les populations les plus exposées, notamment dans les districts sanitaires de Bimbo et Mbaïki. Mobilisation générale face à une menace régionale
À l’issue de cette conférence de presse, le message des autorités sanitaires était clair : alors que le choléra semble sous contrôle progressif, Ebola constitue désormais la principale menace sanitaire pour le pays.
Face à une épidémie qui progresse rapidement dans les zones frontalières de la RDC, le gouvernement centrafricain mise sur la vigilance communautaire, le dépistage précoce, le renforcement de la surveillance et la mobilisation des partenaires pour éviter qu’une éventuelle introduction du virus ne se transforme en crise sanitaire nationale.
Chaque jour gagné dans la préparation représente une chance supplémentaire de protéger les populations du Haut-Mbomou et, au-delà, l’ensemble du territoire centrafricain.
La conférence de presse a été animée conjointement par le ministre de la Santé et de la Population, Dr Pierre Somsé, le directeur général de l’Institut Pasteur de Bangui, Pr Emmanuel Nakouné, et le directeur des Soins de Santé Primaires, Dr Parfait Constant Seboulo. Elle a permis de dresser un état préoccupant de la situation épidémiologique à la frontière entre la République centrafricaine et la RDC.
Terence Gavenne

Poster un Commentaire