Dans la ville de Bria, située au sud-est de la République Centrafricaine et à 580 km de route de la capitale Bangui, Médecins Sans Frontières collabore avec le ministère de la
Santé au cœur du service pédiatrique de l’Hôpital Régional Universitaire de Bria (HRUB).Cette localité est sise dans la vaste et rurale province de la Haute Kotto, où les centres de santé sont peu nombreux et difficiles d’accès, en raison d’axes routiers difficilement praticables et des coûts nécessaires aux patients pour parcourir de longues distances.
Pour faciliter l’accès aux soins des habitants qui en sont éloignés, MSF finance et organise le transport en mototaxis depuis et vers l’hôpital pour certains patients et soutient six petites structures de soins gérées par les autorités au plus proches des patients.
A Bria et au-delà

L’hôpital de Bria surplombe une étendue de forêt qui se déploie jusqu’à l’horizon. A l’arrière d’une moto-taxi Pamela Yetinzapa franchit le portail de l’établissement avec son bébé emmailloté derrière son dos. Cette habitante du village de Boungou 1 a parcouru 25 km pour venir à l’hôpital : « mon enfant souffre de malnutrition, explique-t-elle. Mais l’hôpital me semblait trop loin pour y aller à pied en portant le bébé. Je me suis rendue au centre de santé de mon village qui nous a proposé cette solution : le motard nous a emmenés gratuitement à Bria ».
Dans cet hôpital, Médecins sans Frontières apporte son soutien au Ministère de la Santé et de la Population en assurant la gestion du service de pédiatrie, pour les enfants jusqu’à
15 ans : les urgences pédiatriques (11.357 en 2025), des consultations ambulatoires
(25.605) et celles pour les maladies chroniques (1.722), dont les patients vivant avec le
VIH et la tuberculose, le diabète, l’asthme, la drépanocytose, et l’épilepsie mais aussi les hospitalisations, les soins intensifs, la néonatologie, la malnutrition, le service de radiologie et le laboratoire. Les patients qui nécessitent une intervention chirurgicale peuvent quant à eux être référés vers le projet de chirurgie de MSF à Bangui. Le service comporte 64 lits et pendant la période de pic de paludisme, de mai à novembre, 20 lits supplémentaires sont ajoutés.
Un service gratuit de transport en moto
L’hôpital, situé à la croisée de quatre pistes en forme de croix vers les quatre points cardinaux, a reçu en 2025 1.184 patients référés depuis 13 Centres de Santé (CDS) et des points paludisme ouverts pendant la saison du pic de paludisme répartis dans toute la
Haute-Kotto. Les CDS sont gérés par le ministère de la Santé et de la Population et soutenus par MSF qui contribue au renforcement des capacités des soignants, effectue une donation mensuelle en médicaments de première nécessité et paie des primes. Lorsqu’une personne éloignée de Bria et proche de l’un des centres est touché par certaines pathologies – telles que le paludisme sévère, la malnutrition avec complication et les morsures de serpent notamment – un service de transport en moto permet de le conduire à l’hôpital de Bria. « Pour opérer ces acheminements chacun des centres de santé possède un carnet à souches qui permet de solliciter un motard qui sera ensuite payé par MSF » précise Guillaume Mongeau-Martin, le médecin référent. Certains patients viennent de villages proches de Bria comme Danbatro situé à 7 kilomètres, mais d’autres doivent couvrir des distances beaucoup plus longues : « un malade qui arrive de Ouadda doit parcourir 205 km d’une piste accidentée. Un voyage d’une journée en moto », ajoute le médecin.
Renforcer la sensibilisation des habitants vivant dans les zones isolées
Si cette aide permet à de nombreux patients d’avoir accès aux soins, les longs trajets sont éprouvants. Sur certains axes il faut même traverser la rivière en moto taxi. Ces conditions de transport aggravent parfois considérablement l’état du patient, qui est souvent un enfant porté par sa mère à l’arrière de la moto. D’autant plus s’ils accèdent tardivement au Centre de Santé local. “Parfois les mamans essaient dans un premier temps de traiter leur enfant avec des remèdes traditionnels et les conseils d’un tradipraticien explique Yvan Bilim, infirmier superviseur qui travaille sur les axes. Pour une fracture par exemple les gens se confectionnent parfois une attelle en écorce d’arbre”. A ce délai peut s’ajouter le temps de trouver une moto et souvent du carburant.
Mais au-delà de ces retards de prise en charge il existe d’autres obstacles au référencement des patients : “certains ignorent tout simplement la possibilité d’être emmenés en moto gratuitement signale Arlette Sandrine Zounoua sage-femme en charge des survivantes de violence sexuelle. Les personnes victimes de violence sexuelle par exemple – nombreuses dans certaines localités éloignées – ignorent souvent cette possibilité. Un problème amplifié par leur réticence à évoquer leur situation et risquer d’être stigmatisées ” explique-t-elle. Face à cette situation la sensibilisation des membres des communautés a été renforcée et les matrones de certains Centres de
Santé viennent aussi se former à la prise en charge des victimes de violences sexuelles à
Bria. Elles reçoivent des kits de soins, composés notamment de tests de grossesse, de contraceptifs d’urgence et de documents détaillant les conseils de prise en charge des
victimes, ainsi que la référence vers les acteurs de protection et support juridique.
En 2025, MSF a étendu son support aux Centres de Santé de Ouadda et de Yalinga ainsi qu’aux postes de santé de Mbihi et Kpava à travers la fourniture de médicaments, la formation et le paiement des primes des agents de santé, et l’organisation de références à motos vers l’HRUB. Des activités de santé des femmes sont également développées dont les soins pour violences sexuelles et la planification familiale.
Source : ComMSF

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