« J’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21, 1)
1.
Chers frères et sœurs dans le Christ et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté ! À vous tous, grâce, miséricorde et paix de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ (Eph 1, 2) !
Réunis pour notre seconde Assemblée Plénière Ordinaire tenue dans l’Archidiocèse de Berberati du 15 au 22 juin 2026, nous, Évêques de Centrafrique, voulons vous délivrer un message d’espérance et de paix, à la lumière de la vision de l’Apôtre Jean, d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle.
I. La nouvelle création
2.
Chers frères et sœurs dans le Christ et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté !
Les violentes persécutions contre l’Église naissante de l’Asie Mineure (cf. Ap 6,9-11 ; 13 ; 16,6 ; 20,6ss.) ont provoqué une crise de foi et conduit au découragement au sein du peuple de Dieu. C’est dans ce contexte de troubles et de tourmente que l’Apôtre Jean, exilé pour sa foi au Christ sur l’île de Patmos (cf. Ap 1,9ss.), délivre un message de salut.
L’objectif du quatrième Évangéliste consiste à redonner au peuple de Dieu le courage dans l’épreuve, à affermir son moral, à soutenir son espérance au cœur des tensions et des tribulations, à encourager le peuple de Dieu à avoir un cœur nouveau et à rester de fidèles témoins de l’Agneau (cf. Ap 2,3ss.).
3.
La vision de la nouvelle création n’a donc pas d’abord pour but la transmission d’un savoir purement eschatologique, mais plutôt de nous placer dans la dynamique de l’espérance en l’avènement de la plénitude du Royaume de Dieu. Elle annonce tout à la fois la transformation et le renouvellement de la création tout entière.
Dans cet « univers nouveau » (Ap 21, 5), Dieu aura sa demeure parmi les hommes.
« Il essuiera toute larme de leurs yeux ; de mort, il n’y en aura plus ; de peur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21, 4).
4.
En vérité, ce ciel nouveau et cette terre nouvelle ne sont ni une illusion, ni une déresponsabilisation de l’homme face à ses engagements dans l’Église, dans l’histoire et dans la société.
Ils sont un éveil et une prise de conscience, un appel à plus d’engagements et d’initiatives aujourd’hui et sans délai en faveur de l’avènement d’un monde plus fraternel, prospère et équitable où règnent plus de justice, de paix, de charité ; un monde où l’homme se reconnaît réellement plus gardien de l’environnement par sa protection que maître par sa destruction.
Le ciel nouveau et la terre nouvelle sont donc un appel à la conversion et au dépassement qui exigent un changement de regard sur l’environnement.
II. Notre Église et notre pays à la lumière de la nouvelle création
5.
Chers frères et sœurs dans le Christ et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté !
La vision d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle nous invite à contempler l’œuvre de Dieu dans notre histoire et à nous engager résolument dans la construction d’une société renouvelée par l’Esprit.
Dans cette perspective, nous rendons grâce à Dieu pour la récente visite apostolique de sa Sainteté le Pape Léon XIV au Cameroun et en Guinée Équatoriale dont le message de foi et d’espérance est une véritable bénédiction pour notre sous-région.
6.
Nous nous réjouissons du dynamisme pastoral de notre Église.
L’accroissement du nombre des fidèles, l’érection de la nouvelle province ecclésiastique de Berberati, la récente consécration épiscopale de l’Archevêque Coadjuteur de Bangui, les nombreuses ordinations sacerdotales et diaconales, les prononciations des vœux temporels et définitifs de nombreux religieux et religieuses constituent des signes éloquents de la vitalité de notre Église.
Nous ne cessons de rendre grâce au Seigneur pour la ferveur et le dynamisme de la foi et de l’engagement de nos fidèles laïcs en général et de nos catéchistes en particulier.
Ces grâces, œuvres de l’Esprit Saint, nous encouragent à poursuivre notre mission d’évangélisation dans la foi, l’espérance et la charité avec un zèle renouvelé.
7.
Par ailleurs, nous saluons également la culture de la dynamique synodale qui s’est fortement enracinée dans nos diocèses, dans nos paroisses, dans les communautés ecclésiales de base et dans les mouvements et fraternités et qui ne cesse de se développer.
À travers l’écoute attentive de la Parole de Dieu, l’Église-Famille de Dieu en Centrafrique apprend davantage à marcher ensemble, à discerner ensemble et à répondre ensemble aux défis de notre temps.
Cette dynamique synodale nous rappelle que chaque baptisé a sa place dans la mission de l’Église et dans la construction du Royaume de Dieu.
8.
Notre pays, pour sa part, traverse une période charnière.
Après de longues années marquées par les crises, les divisions et les violences, nous constatons avec gratitude les signes d’une accalmie sociale et d’un retour à la paix.
Nous rendons grâce à Dieu pour tous les artisans de paix et pour les efforts consentis afin que notre peuple retrouve progressivement la sécurité, la stabilité, la confiance en l’avenir et le chemin du développement et de la croissance économique.
Nous encourageons vivement les autorités de notre pays à poursuivre leurs efforts dans la défense et la promotion de la dignité du peuple centrafricain qui aspire à une justice sociale véritable, au respect effectif des droits humains, à la garantie des libertés fondamentales et à une bonne gouvernance orientée vers le bien commun dans le respect du principe de redevabilité.
Ce peuple attend également des avancées significatives dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’accès à l’eau potable, à l’électricité et à d’autres denrées de première nécessité.
9.
Notre préoccupation s’étend aussi à la protection et à la sauvegarde de l’environnement et de la nature.
La dégradation des voies routières, les inondations récurrentes, la déforestation, la prédation des ressources minières et naturelles, la dénaturation et la coloration anormale des eaux de nos rivières sont autant de signaux d’alarme.
La terre que Dieu nous a confiée souffre des conséquences de comportements irresponsables de certains de nos compatriotes.
Nous en appelons à une conversion écologique intégrale qui associe les pouvoirs publics, l’Église, les communautés locales, les acteurs économiques nationaux et internationaux et chaque citoyen.
III. Devenir des artisans de la nouvelle création
10.
Chers frères et sœurs dans le Christ, et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté !
Le ciel nouveau et la terre nouvelle annoncés par l’Apôtre Jean ne sont pas une fiction.
Chaque geste de justice, chaque acte de réconciliation, chaque engagement en faveur de la paix et du développement, de la protection et de la sauvegarde de la nature participe déjà à cette œuvre de la nouvelle création.
11.
Dans sa récente Lettre Encyclique Magnifica Humanitas du 25 mai 2026, le Pape Léon XIV nous invite à contempler et à défendre la « magnifique humanité » créée par Dieu, à protéger l’Homme face aux nouvelles prédations et met en garde contre les dérives matérialistes et les nouvelles formes de colonisation technologique et économique.
À l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle, le Pape Léon XIV nous invite à « désarmer la technique » pour l’orienter vers le bien commun, à substituer la « civilisation de l’amour » à la culture du pouvoir.
Il est plus qu’urgent de désarmer l’espace numérique pour qu’il soit un instrument de fraternité humaine, de paix et de progrès.
12.
Cet appel du Saint-Père résonne aujourd’hui avec une force particulière pour notre pays.
Pour la République centrafricaine, magnifier l’humanité blessée devra devenir un engagement à réaffirmer avec force et sans concession la dignité sacrée de la personne humaine créée à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Ce combat pour la dignité de la personne humaine en Centrafrique devra aussi se déployer comme la résistance à toute forme de destruction de l’environnement, d’exploitation et de pillages organisés de nos richesses naturelles et de nos minerais stratégiques qui paupérise nos populations et enrichisse des firmes internationales et multinationales.
13.
Pour que ce « ciel nouveau » et cette « terre nouvelle » prennent forme à travers notre témoignage baptismal, nous proposons trois axes d’actions aux fidèles, aux hommes et femmes de bonne volonté :
• Une éthique de la vérité, de la bonne gouvernance et de la redevabilité
Nous exhortons les laïcs catholiques, engagés en politique et dans l’administration publique, à traduire leur foi en actes conformément aux préceptes évangéliques et au principe de justice de l’Enseignement Social de l’Église.
Puissent-ils briller par leur intégrité et leur lutte active contre la corruption, la confiscation et le détournement des fonds et des biens publics.
• L’éducation intégrale de la jeunesse
À l’heure où les technologies numériques captent l’attention de nos jeunes, nous en appelons à une pastorale de l’intelligence et du cœur.
Formons une jeunesse centrafricaine critique, capable de discerner le vrai du faux, le bien du mal, et de s’engager pour la justice, le travail digne et pour la paix.
• Les paroisses, les Communautés Ecclésiales de Base (CEB), les mouvements et les fraternités, les familles chrétiennes comme écoles de fraternité
Face aux replis identitaires, nos paroisses doivent devenir des lieux de « résistance spirituelle » où l’on cultive l’amour et la fraternité, le dialogue et la cohésion sociale.
Le baptême nous unit au-delà des ethnies.
L’autre n’est pas une menace. Il est plutôt une expression de cette magnifique humanité voulue par Dieu.
14.
Chers frères et sœurs dans le Christ et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté !
Comme nous y invite sa Sainteté le Pape Léon XIV, tournons le dos au « syndrome de Babel » qui sacrifie les plus faibles, uniformise et efface les différences et déshumanise !
Prenons la « voie de Néhémie » qui transforme la diversité en ressource et fait « de l’écoute comme du dialogue le terrain d’entente sur lequel faire grandir la justice et la fraternité » (Magnifica Humanitas, n°10).
Levons-nous ensemble comme un seul homme pour poser les pierres vivantes d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle, afin que notre pays glorifie le Seigneur à travers la beauté et la dignité retrouvée de ses filles et fils !
Puisse la Bienheureuse, Très Sainte Vierge Marie, Mère de l’Église et de la Centrafrique, intercéder pour notre Église et notre pays auprès de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.
Donné en la Paroisse Sacré-Cœur de Berberati, le 21 juin 2026
CECA – Conférence des Évêques de Centrafrique • Radio Vatican • RND Bangui • Radio Maria Centrafrique • Rachid Medhi Ahmed

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