Homélie de Mgr Joseph SAMEDI, Archevêque Coadjuteur de Bangui, à l’occasion de l’installation du nouveau Curé de la Cathédrale Notre-Dame de l’Immaculée – Conception de Bangui

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Dimanche 18 octobre 2026

Frères et sœurs en Christ,

L’installation d’un nouveau curé à la cathédrale est toujours un moment de grâce et de renouveau pour l’ensemble d’un diocèse. La cathédrale n’est pas une paroisse comme les autres : elle est l’église-mère, le lieu de la chaire de l’évêque et le signe visible de l’unité et de la communion de toute l’Eglise locale.

La Parole de Dieu de ce jour vient éclairer le ministère du nouveau curé et guider le peuple de Dieu qui lui est confié.

Le passage de l’évangile de ce jour met en scène Jésus et les émissaires des grands-prêtres et scribes qui sont les détracteurs de Jésus (Mathieu 20,19).

 

Relevons d’abord que cette page d’Evangile commence par une alliance contre nature : les pharisiens, réputés comme farouches défenseurs de la loi juive, s’associent aux partisans d’Hérode, collaborateurs du pouvoir romain pour constituer une bande de détracteurs de Jésus. Ces émissaires tentent de mettre Jésus en porte à faux vis-à-vis de l’occupant romain et ses taxes avec cette question : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? » En effet, à l’époque de Jésus les l’impôt ou les taxes manifestaient la soumission de la Judée et de la Galilée à Rome.

 

La question « oui ou non, est-il permis de payer l’impôt à César, l’empereur est un piège. L’objectif de ces émissaires, c’est de discréditer Jésus, non pas aux yeux du peuple, mais du pouvoir en place. Si la réponse de Jésus va dans le sens du peuple, s’il déclare qu’il ne faut pas payer l’impôt, dès lors il se rendra publiquement coupable de sédition (23,2) et livré aux autorités romaines. Si cette éventualité ne marche pas et que Jésus déclare qu’il faut payer les taxes romaines, alors il se discréditera aux yeux du peuple peu favorable à Rome.

 

La question : « est-il permis oui ou non de payer l’impôt à l’empereur ? » est non seulement une question piège mais celle-ci interroge Jésus sur sa capacité d’interpréter la Loi. A ce sujet, la Loi de Moïse n’apporte pas de réponse. Jésus qui aime bien qu’on le provoque, va réagir. Au jeu du piège Jésus est le plus malin : il prie ces bons religieux de fouiller leur poche, pour voir s’ils n’y trouveraient pas quelque pièce de monnaie à l’effigie de l’empereur… Effectivement une pièce de monnaie à l’effigie de César a été retrouvée !

 

Imaginons la réaction de Jésus que l’évangile ne dit pas. « Braves gens, cet argent-là ne vous brûle pas les doigts ? Ou encore vous n’avez pas le sentiment de vous compromettre avec la puissance impériale ? Cela s’appelle être remis à sa place. Messieurs les pharisiens, et tous les intransigeants de la terre, commencez par un peu de modestie et de prudence.

 

Derrière la question des pharisiens, Jésus a vu pointer un risque réel : celui de mêler Dieu trop immédiatement à nos affaires humaines, autrement dit de sacraliser, d’absolutiser ce qui ne mérite pas de l’être. « Est-il permis de payer l’impôt ? » Mais permis par qui ? Par Dieu ? Le risque est grand de mettre trop vite Dieu dans nos affaires, nous risquons de nous tromper de Dieu. Nous allons faire de nos convictions et de nos entreprises un absolu. Souvent nous prétendrons nous battre pour Dieu, et nous ne nous battons que pour nos certitudes.

 

Souvent nous prétendrons nous battre pour Dieu, nous ne nous battons que pour nos convictions religieuses, pour nos passions politiques ou économiques, mais pas pour le Dieu vivant. Laissez-Dieu, s’il vous plaît, décidez de ce qu’il pense. Le risque est grand de l’approprier et de cataloguer les gens, de diaboliser ceux qui pensent ou agissent autrement que nous.

 

La réponse de Jésus aux émissaires des autorités religieuses de son époque « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Jésus par ces mots ouvre une autre voie, qui est l’art, dirai-je, de distinguer et non de séparer. Si l’argent appartient à César, l’homme, lui, appartient totalement à Dieu. Et donc, rien de ce qui est humain ne peut être confisqué par les pouvoirs politiques, économiques ou idéologiques de ce monde. Comme Curé et tous comme peuple de Dieu, notre cœur, notre liberté, notre dignité et notre vie doivent appartenir à Dieu.

 

La mission du pasteur est de redonner l’éclat à l’image de Dieu ternie dans la vie des fidèles sans distinction de race, de culture, d’ethnie et de statut social.

La vérité première est que rien n’échappe à Dieu. Il n’y a pas, d’un côté le monde de César, disons de la puissance publique, de l’économie, de ma vie ordinaire avec ses compromissions, et de l’autre le monde de Dieu, de ma vie religieuse et spirituelle. Le pasteur ne voit que l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Combien de bons paroissiens citent à longueur de journée « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » pour exiger une démarcation claire : que l’Église ne fasse pas de politique ! Que les évêques et le pape ne se mêlent pas de ce qui ne les regarde pas ! Qu’ils s’occupent plutôt des vocations ! Chacun chez soi, Dieu dans son domaine qui est la sphère privée ; et pour la sphère publique, laissez-nous faire, c’est l’affaire de la raison et des instances politiques. Jésus aurait-il cautionné une telle dichotomie ? Est-ce que toute sa vie ne dit pas précisément le contraire, que devrait s’unifier en nous la vie spirituelle et le réel de l’existence ?

Certes Dieu ne se mêle pas directement du débat public. La foi ne donne pas de règles pour résoudre les questions techniques, scientifiques, politiques, sinon qu’elle exige la charité en toute chose. Le Dieu de Jésus Christ ne fait pas ombrage aux puissances de ce monde. Il veut leur salut, comme de toute la création. Le Dieu de l’évangile compte sur les puissants de ce monde pour construire un monde juste et fraternel.

Malheureusement de Machiavel en passant par les dictateurs du XXème siècle, les broyeurs d’humanité et d’autres ont érigé en idoles leurs idéologies et leurs projets. Quand César se fait dieu après avoir éliminé Dieu, l’homme n’est bon qu’à passer sous le rouleau compresseur de l’arbitraire, de l’injustice, de la violence faite aux plus démunis, aux sans défense.

 

Dieu est Dieu. Le reconnaître, c’est tout réorienter vers Lui ce qui vient de Lui, c’est tout mettre sous sa Parole, c’est tout transfigurer par les exigences de la charité. Y compris l’activité politique, la gestion du bien commun. Bien sûr les réponses concrètes ne vont pas tomber toutes cuites des grands principes évangéliques. Mais est-il possible de servir l’être humain si l’on est en désaccord avec le dessein de Dieu sur lui ?

 

Il faut chercher ensemble, réfléchir, critiquer, améliorer les choses à la lumière de l’Evangile. Les chrétiens sont invités à s’impliquer, à se salir les mains dans le concret des situations. L’Evangile n’est pas réservé à la sphère privée de notre existence. 6 jours sans Dieu et 1 jour pour Dieu. Ecoutant à ce propos le pape François dans Fratelli Tutti : « Si l’Eglise respecte l’autonomie de la politique, elle ne limite pas pour autant sa mission au domaine du privé.

 

Au contraire, elle ne peut ni ne doit rester à l’écart dans la construction d’un monde meilleur ». Il continue en affirmant : l’Eglise n’entend pas revendiquer des pouvoirs temporels. Elle exhorte chaque fidèle à prendre sa responsabilité, « ne pas renoncer à la dimension politique de l’existence ». Déjà les habitants de Thessalonique l’avaient compris. Paul reconnait que « leur foi est active, que leur charité se donne de la peine, que leur espérance tient bon…Ils avaient entendu la parole d’Isaïe : « Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre ».

 

Rendre à Dieu ce qui lui est dû, c’est d’abord s’imprégner de son amour, c’est l’accueillir dans notre vie. Cette espérance qu’il met en nous, nous avons à la manifester au monde entier. Nous ne devons pas être de simples consommateurs de la foi. Chrétiens, nous sommes tous appelés à être des acteurs et des constructeurs de la communauté humaine ; c’est dans ce monde tel qu’il est que nous avons à témoigner de la bonne nouvelle de l’Évangile. Beaucoup le font malgré les difficultés et aussi au péril de leur vie.

 

Ce dimanche est celui de la journée missionnaire mondiale des missions dont le thème est : « Un dans le Christ, unis dans la mission » Nous sommes mis devant nos responsabilités. Le Christ nous veut en état de mission pour témoigner de lui dans nos vies concrètes.

 

 

En célébrant cette Eucharistie, nous voulons, Seigneur, te donner ce qui te revient : notre adoration. Donne-nous la grâce d’une plus grande foi en ton Eucharistie, que nous puissions sentir ton amour immense et que nos cœurs devenus brûlants nous mettent en marche pour proclamer ta « Bonne nouvelle » et la mettre en œuvre dans nos vies.

 

Aux paroissiens de la cathédrale, je demande aujourd’hui d’accueillir leur nouveau curé non comme un simple gestionnaire ou un prestataire de services, mais comme un pasteur, un père spirituel et un guide. Soutenez-le dans la prière, collaborez activement avec lui dans les différents services et surtout veillez sur son ministère. Pour que la cathédrale demeure ce phare spirituel, cette communauté accueillante, priante et missionnaire.

 

Que Dieu bénisse la cathédrale, ses pasteurs et le peuple de Dieu.

 

 

 

 

 

 

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