Sous le haut patronage du président de la République, Pr Faustin-Archange Touadéra, une rencontre transfrontalière de haut niveau sur la riposte régionale à la maladie à virus Bundibugyo s’est déroulée le 17 août 2026 au Palais de la Renaissance à Bangui.

Étant donné que la menace ne connaît pas de frontières, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, l’Ouganda et le Soudan du Sud ont mis en avant l’importance de l’anticipation, de la surveillance, de la mobilisation communautaire et de la mutualisation des ressources. Le directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a participé par visioconférence.
Le principal message de cette réunion est sans équivoque : attendre le premier cas signifie prendre le risque de perdre une bataille qu’on peut encore gagner grâce à la préparation.
Les délégations des pays voisins réunies le 17 août à Bangui sous l’égide du président centrafricain ont mis l’accent sur l’importance de la coopération transfrontalière dans la lutte contre Ebola dans un contexte où les échanges commerciaux se multiplient et où les frontières sont souvent perméables.
Après des travaux techniques et une mission de terrain dans les zones frontalières, cette rencontre a permis de partager expériences et de mieux comprendre les vulnérabilités communes. Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a également pris part aux discussions par visioconférence.
« Mieux vaut s’attaquer au virus avant qu’il ne nous attaque »
Le chef de la délégation du Soudan du Sud a souligné l’importance d’une préparation avant l’arrivée de la maladie. « Face à une pandémie chez un voisin, on se prépare, même si elle n’est pas encore là », a-t-il insisté, rappelant que la préparation vise à éviter qu’un premier cas ne se transforme en catastrophe sanitaire.
Il a mentionné un risque élevé d’importation dans son pays, notamment à cause de la proximité avec les zones touchées en RDC et en raison de la mobilité entre les trois nations. Les mouvements transfrontaliers, le commerce et les liens historiques entre les communautés peuvent favoriser la circulation du virus. La présence des communautés azandé des deux côtés des frontières illustre bien cette complexité. « Mieux vaut s’attaquer au virus avant qu’il ne nous attaque », a-t-il résumé, plaidant pour une surveillance accrue, un renforcement des points d’entrée et une meilleure implication des communautés.
Le Soudan du Sud a aussi précisé avoir testé 16 cas suspects, tous négatifs, tout en maintenant la surveillance.
Mongoumba, un avertissement grandeur nature
La visite dans la zone de Mongoumba a été un point central des discussions. Elle a permis d’observer directement les défis auxquels sont confrontés les systèmes de surveillance aux frontières. La frontière fluviale sur l’Oubangui représente notamment un énorme défi : on ne peut s’appuyer uniquement sur les postes de contrôle traditionnels.
« De l’autre côté, c’est la RDC. De ce côté-ci, c’est la République centrafricaine. C’est très difficile », a commenté le représentant du Soudan du Sud.
La réponse ne peut être seulement sécuritaire ou administrative : elle doit inclure les communautés vivant le long des cours d’eau et des frontières. L’éducation sanitaire devient donc essentielle : il est crucial que les populations soient informées des symptômes et sachent quand alerter les autorités sanitaires.
L’Ouganda investit dans la surveillance et les laboratoires
La délégation ougandaise a partagé son expérience accumulée au fil des années dans la gestion des épidémies. Selon sa représentante, le succès d’une réponse efficace repose principalement sur une volonté politique forte, capable de mobiliser toutes les ressources de l’État, depuis le niveau national jusqu’aux districts et aux communautés. Cependant, cette structure ne peut opérer sans un système de surveillance solide, essentiel pour déceler rapidement les cas et assurer le suivi des contacts.
L’Ouganda a aussi présenté une solution pouvant être adaptée aux réalités centrafricaines : les laboratoires mobiles. Ces laboratoires, montés sur des véhicules tout-terrains pour atteindre les zones reculées, rapprochent les capacités de diagnostic des communautés isolées. Cette approche est particulièrement utile dans les régions frontalières où les infrastructures sanitaires sont limitées.
La représentante ougandaise a souligné l’importance des agents de santé communautaire, suggérant qu’ils devraient être intégrés davantage aux structures nationales de santé plutôt que d’être vus uniquement comme des volontaires. Elle a aussi plaidé pour inclure la prévention des grandes maladies épidémiques dans les programmes scolaires afin que les jeunes deviennent des vecteurs d’information dans leurs communautés.
La perspective de la RDC : « La santé ne connaît plus de frontières »
La République démocratique du Congo (RDC), qui fait face directement à l’épidémie, a partagé son expérience marquée par une série de conséquences graves. Le Dr Boudi Ilomba, représentant le ministre congolais de la Santé publique, a évoqué la situation sanitaire complexe du pays, confronté à des flambées épidémiques récurrentes, des maladies endémiques, et des crises humanitaires.
Les données révèlent plus de 4 700 cas avec 2 214 décès, soit un taux de létalité proche de 47 %, l’Ituri étant un des principaux foyers de l’épidémie. Pour le responsable congolais, cette nouvelle flambée atteint un système de santé déjà fragilisé, où Ebola s’ajoute à des problèmes existants tels que le choléra, la rougeole, le paludisme, la tuberculose, le VIH, la malnutrition, sans oublier les déplacements de population. Cette situation met sous pression le personnel, les laboratoires, les chaînes d’approvisionnement et les infrastructures de soins.
Au-delà des chiffres, le représentant congolais a insisté sur l’aspect humain de l’épidémie : chaque décès représente une personne, une famille et une communauté.
Cinq leçons issues de l’expérience congolaise
La RDC a offert cinq grandes leçons pour améliorer la préparation régionale. La première est l’anticipation : il est crucial de renforcer la préparation, la surveillance communautaire et les capacités de diagnostic avant même l’apparition du premier cas. La deuxième concerne le leadership politique : une réponse épidémique ne doit pas être limitée au ministère de la Santé mais requiert l’implication du chef de l’État et de tous les secteurs administratifs. La troisième leçon porte sur la mobilisation communautaire : les leaders traditionnels et religieux ainsi que les femmes, les jeunes et les organisations locales doivent être traités comme des acteurs participatifs plutôt que comme simples récepteurs d’informations. Le quatrième point traite de la coopération transfrontalière : comme le virus ne connaît pas de frontières, il convient d’établir des mécanismes communs pour surveiller les marchés partagés, les corridors commerciaux et autres lieux communs aux populations.
Enfin, il s’agit de capitaliser sur chaque crise pour renforcer la solidarité régionale : tirer des leçons empêche chaque nouveau défi de mettre les pays sur la ligne de départ.
Vers une nouvelle architecture régionale de préparation
La réunion tenue à Bangui visait à obtenir des engagements concrets, au-delà des simples discours. Les discussions ont fait émerger trois priorités principales : renforcer la solidarité régionale, la paix et la coordination ; développer des mécanismes de soutien entre pairs ; et accélérer les efforts de préparation. La République centrafricaine, sous la direction du président Faustin-Archange Touadéra, est encouragée à jouer un rôle clé dans cette dynamique, étant reconnu comme un fervent promoteur de la préparation aux épidémies.
Une proposition significative s’est également développée : élargir l’initiative RDC « Fleuve Congo-Sangha » pour adopter une approche intégrée autour du bassin Congo-Ouani-Sangha. L’objectif est de bâtir une zone régionale de préparation, fondée sur une géographie commune, des risques partagés et une responsabilité collective. Pour ce faire, un projet de protocole d’accord entre les pays participants est en cours d’élaboration afin d’établir les bases juridiques et opérationnelles de cette collaboration. Un communiqué conjoint viendra formellement confirmer les engagements pris.
Transformer la vulnérabilité en résilience
La réunion de Bangui a surtout mis en lumière une réalité : aucun pays ne peut espérer être protégé uniquement par ses frontières. En effet, entre la République centrafricaine, la RDC, l’Ouganda et le Soudan du Sud, la mobilité est constante : les populations voyagent, les familles se déplacent, les commerçants franchissent les frontières et les communautés partagent parfois la même histoire et les mêmes ressources.
Dans cet environnement, la surveillance épidémiologique doit dépasser les limites administratives. Ainsi, cette rencontre a placé l’importance des communautés locales au centre des stratégies de réponse. Les villages le long de l’Oubangui et des autres cours d’eau stratégiques doivent devenir des points clés d’observation et d’alerte. Les agents de santé communautaire ainsi que les chefs traditionnels et religieux nécessitent une formation adéquate. Les infrastructures de laboratoire doivent être rapprochées des zones difficiles d’accès, et les informations doivent circuler plus rapidement entre pays voisins.
Le défi ne se limite plus à la lutte contre Ebola. Le choléra, la mpox et d’autres menaces infectieuses rappellent que la région est exposée à une multitude de risques sanitaires transfrontaliers. Les pays réunis à Bangui ont donc cherché à passer d’une approche réactive à une culture d’anticipation.
Désormais, l’objectif est clair : prévenir plutôt que subir, surveiller plutôt que détecter trop tard, partager l’information avant que le virus ne franchisse les frontières. La prochaine étape sera primordiale : transformer les déclarations politiques en actions concrètes, assurer un financement pérenne pour la préparation et revenir dans un an pour évaluer les progrès réalisés.
Terence Gavenne


