Ce budget ambitieux est divisé en six axes stratégiques. Comment rassembler cette somme importante pour concrétiser les divers objectifs inscrits dans le plan d’action de la Commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation (CVJRR) en République centrafricaine ? Quelles stratégies peut-on mettre en place pour aider la CVJRR à mobiliser les ressources nécessaires ? Cette prévision financière suscite des interrogations, sans nul doute.
La mise en œuvre d’un tel plan demande le soutien du gouvernement, qui joue un rôle central, ainsi que l’engagement des acteurs nationaux concernés et évidemment des partenaires techniques et financiers.
L’objectif principal de la CVJRR est de donner une voix aux victimes des crises politico-militaires qui ont traversé la République centrafricaine.
En organisant une table ronde le 30 juin 2026 pour présenter sa feuille de route qui couvre son mandat allant de 2025 à 2029 aux acteurs nationaux tels que la société civile, les associations de victimes et les médias, la CVJRR souhaite montrer une transparence totale dans sa mission.
La réalisation de cette feuille de route est estimée à un coût de 6 022 345 00 FCFA (six milliards vingt deux millions trois cent quarante-cinq mille francs CFA
L’appui technique et financier de la Division des Droits de l’Homme de la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA) est essentiel pour atteindre les objectifs définis lors de cette rencontre. Il était donc crucial de rassembler les principaux acteurs impliqués dans le processus de justice transitionnelle en Centrafrique pour leur soumettre ce plan d’action et recueillir leurs observations et recommandations afin de l’adapter aux réalités du pays.

Lors de l’ouverture de ces travaux, Sylvestre PAKABOMBA MUKENGE, coordonnateur de l’unité de justice transitionnelle et appui institutionnel à la division des Droits de l’Homme de la MINUSCA, a souligné l’importance pour la MINUSCA, par le biais de sa division des droits de l’homme, ainsi que pour les autres acteurs, d’accompagner la CVJRR.
« Après plusieurs enrichissements et après plusieurs réflexions stratégiques, ce document qui constitue la boussole de la façon dont la Commission entreprendra ses activités pendant les quatre ans de mandat qui lui sont impartis. »
Dr Henri YENZAPA, président de la CVJRR, a d’abord demandé à l’assistance de prendre une minute de silence en mémoire du président du Comité local de Paix et réconciliation (CLPR) de Zémio, Crépin Martial Monga, tragiquement décédé après des affrontements qui ont opposé les Forces armées centrafricaines et leurs alliés russes au groupe armé Azandé Ani Kpi Gbè, près de l’église Saint Jean-Baptiste.
Selon le président de la CVJRR, la République centrafricaine souffre encore des décennies de crises, de violations et de divisions qui ont profondément touché les populations, affaibli les institutions, et mis en lumière la fragilité du peuple. Derrière les statistiques, ce sont des hommes, des femmes, des jeunes et des enfants qui ont perdu leurs proches, ont été déplacés ou ont vu leurs droits fondamentaux bafoués. Ces blessures individuelles et collectives continuent de peser sur les relations entre communautés et la confiance envers les institutions. C’est précisément pour répondre à cette situation que la CVJRR a été créée. Son rôle est d’établir la vérité, reconnaître les souffrances des victimes, promouvoir la justice et formuler des recommandations pour renforcer durablement la paix et la cohésion sociale.
L’essentiel du discours inaugural du président de la CVJRR
« La réconciliation ne se décrète pas; elle doit être portée par toute la société. La CVJRR est un outil au service de la nation, mais le succès de son mandat repose sur l’engagement des Centrafricains. Depuis sa création, la Commission a travaillé à mettre en place les mécanismes nécessaires à l’accomplissement de sa mission. Des progrès ont été réalisés en termes méthodologiques, de renforcement des capacités, et de préparation sur le terrain. Néanmoins, les défis restent nombreux. Notre mission requiert l’adhésion des acteurs nationaux, fondée sur la confiance, la participation et le dialogue.
Cette table ronde est cruciale. Elle constitue un espace d’échanges entre la Commission et les différents acteurs œuvrant à leur manière pour la paix. Les organisations de la société civile jouent un rôle crucial dans la sensibilisation et le dialogue communautaire. Les leaders religieux et traditionnels sont clés pour la cohésion sociale et la médiation. Les associations de victimes portent la mémoire et témoignent des souffrances que notre pays ne doit jamais oublier.
Les femmes sont des actrices majeures dans la résilience communautaire et la réconciliation. Les jeunes représentent l’avenir de notre nation et doivent pleinement participer à ce processus. Les médias ont la responsabilité d’informer équitablement, de sensibiliser les citoyens et de s’opposer aux discours haineux et à la désinformation. Chacun a un rôle précis pour accomplir le mandat de la CVJRR.
Notre ambition est d’établir un processus inclusif où chaque victime est écoutée. Nous aspirons à construire une mémoire nationale qui rassemble, non qui divise. Nous voulons contribuer à une réconciliation basée sur la dignité, la justice et le respect mutuel. Pour atteindre ces objectifs, votre confiance, votre accompagnement et votre participation sont essentiels. La réconciliation nationale ne sera durable que si elle émane des communautés elles-mêmes.
L’histoire nous offre aujourd’hui une occasion unique de transformer les expériences du passé en fondations pour un meilleur avenir. Cette responsabilité nous incombe à tous. Au-delà de nos différences, nous partageons un même souhait : voir la République centrafricaine en paix, unie dans la justice et la stabilité. »
Un cap a été atteint avec l’adoption de sa feuille de route, et il se prépare maintenant à entamer la phase opérationnelle de son plan d’action après avoir finalisé la phase de préparation.
Arsène Jonathan MOSSEAVO

Poster un Commentaire