Le 2 Juillet 2026 à Bangui, lors d’un atelier de dissémination consacré à la revue des finances publiques de la RCA, un panorama des finances publiques déséquilibrées a été présenté. Des économistes de la Banque mondiale ont proposé des mesures à suivre dans le cadre de cet atelier, organisé conjointement avec le gouvernement centrafricain sous le thème : « Renforcer la transparence, la visibilité et l’efficacité du secteur public ».
La présentation a rassemblé divers secteurs concernés et des représentants de la société civile pour qu’ils s’imprègnent des tendances économiques de la République centrafricaine. Bien que le pays dispose de nombreuses ressources économiques et d’une richesse en faune et sous-sol, sa gestion financière reste largement tributaire de l’extérieur.
Le directeur des opérations de la Banque mondiale pour l’Afrique centrale, Cheick Fantamady Kanté, en déplacement à Bangui et intervenant lors de l’atelier, a clairement exprimé ses points de vue sur l’amélioration des finances publiques en RCA. Il a félicité le gouvernement centrafricain pour avoir réussi à organiser des élections groupées, un accomplissement notable dans un contexte mondial de conflits accrus, de rareté des ressources et de pressions internes et externes croissantes.
Cheick Fantamady Kanté a expliqué que cette revue offre un diagnostic détaillé du système de gestion des finances publiques, mettant en lumière les principaux défis budgétaires et suggérant un plan de réforme visant à renforcer la transparence, la viabilité et l’efficacité du secteur public.
Extrait de l’intervention de Cheick Fantamady Kanté
« Chaque pays a son problème, j’allais dire chaque pays à ses problèmes. C’est un acquis qui compte et il mérite d’être célébré sans fausse modestie. À cela s’ajoute le lancement, il n’y a pas très longtemps, nous étions à Casablanca, donc du nouveau plan national de développement, la feuille de route que ce pays a choisi, pour lui et par lui-même. C’est précisément dans ce contexte, porteur d’espoir, mais aussi d’exigence, que la Banque mondiale présente aujourd’hui sa revue des finances publiques. Elle a été préparée avec vous.
La RCA fait face à un défi structurel de taille. Ses recettes intérieures représentent moins de 10% du PIB, alors que les besoins minimaux de fonctionnement de l’État exigent au moins 12%. Ce n’est pas un chiffre abstrait, c’est la différence entre un État qui tient debout et un État qui titube en regardant anxieusement si le prochain virement de l’aide extérieure est arrivé.
L’aide extérieure a représenté près de 43,5% des revenus de l’État et a financé plus de 84% des dépenses d’investissement ces dernières années. Cela ne dit pas que c’est scandaleux, car nous savons d’où nous venons en tant que pays. Nous, partenaires, avons joué notre rôle dans cette configuration. Et nous continuerons de le faire. Mais je dis que c’est fragile. Donc ce niveau de dépendance n’est pas une stratégie, c’est une vulnérabilité. Un pays avec autant de potentiel que la RCA mérite mieux qu’une vulnérabilité.
La bonne nouvelle, c’est que le potentiel est là. Il est visible, il est tangible. Les mines, les forêts, les télécommunications, les secteurs, et il y en a plusieurs où les ressources considérables existent, mais où l’État ne capture pas aujourd’hui une fraction de ce qui lui revient légitimement.
Ce n’est pas une fatalité. C’est un chantier qu’il faut développer. Ce que nous proposons concrètement, la Revue n’est pas un rapport de plus qui finira sur une étagère bien rangée. C’est une feuille de route articulée, séquencée, adaptée aux réalités et aux capacités du pays.
Les priorités
Les trois priorités qui en ressortent clairement sont les suivantes. Premièrement, mobiliser davantage de ressources intérieures. Cela commence par renforcer l’administration fiscale et douanière, numériser les systèmes de collecte, et surtout s’assurer que les secteurs extractifs et forestiers contribuent à la hauteur de leur potentiel. Il ne s’agit pas de taxer les citoyens déjà fragiles, mais il s’agit de s’assurer que ceux qui exploitent les richesses de ce pays y contribuent équitablement. Deuxième priorité, améliorer la qualité de la dépense publique.
Il s’agit donc de mobiliser des ressources. Et cette mobilisation n’a de sens que si ces ressources sont bien utilisées. Chaque franc CFA dépensé doit produire un résultat.
L’efficacité n’est pas un luxe réservé qu’aux pays riches. C’est une nécessité absolue pour les pays qui disposent de peu. Troisième priorité, repenser la relation avec les partenaires.
L’aide, l’appui au développement doit être plus coordonné, plus prévisible et plus franchement aligné sur les priorités nationales. Moins de fragmentation, plus d’appropriation. Le Plan National de Développement (PND) que vous avez élaboré mérite des partenaires qui le respectent, pas des partenaires qui arrivent chacun avec son propre agenda. »
Le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération internationale, Marc MANDABA, s’exprimant au nom du ministre des Finances et du Budget, actuellement en mission, a réitéré l’engagement du gouvernement à continuer les réformes entreprises afin de diminuer la forte dépendance aux financements extérieurs. Il a souligné l’importance d’ajuster ces réformes pour qu’elles correspondent aux réalités économiques, en les rendant ambitieuses tout en restant réalistes.
Extrait du ministre de l’Economie du Plan et de la Coopération Internationale
« Les travaux de la revue montrent que la viabilité budgétaire de la République centrafricaine est menacée par un écart structurel entre nos recettes intérieures, qui demeurent en deçà de 10% de PIB, comme l’a rappelé le directeur, et nos dépenses courantes qui exigent au moins 12% du PIB pour assurer le fonctionnement essentiel de l’État.
La revue rappelle également que la masse salariale publique représente une part très élevée de nos recettes intérieures, atteignant plus de 70% en 2022-2023, ce qui réduit fortement la marge de manœuvre pour l’investissement dans les infrastructures et les secteurs du développement humain. Elle souligne enfin notre forte dépendance vis-à-vis des financements extérieurs, qui ont couvert en moyenne plus de 80% des dépenses d’investissement entre 2016 et 2021, avec une aide publique au développement dépassant 100 dollars par habitant et par an depuis le début de la crise sécuritaire. Ces constats ne sont pas seulement des chiffres, effectivement, ils décrivent une réalité budgétaire qui limite notre capacité à financer nos priorités nationales, à construire le capital humain, les infrastructures dont la population a besoin, et à réduire progressivement notre dépendance à l’aide extérieure.
Ils nous obligent collectivement à engager des réformes ambitieuses et réalistes pour restaurer la marge de manœuvre budgétaire de l’État et améliorer la qualité de la dépense publique. »
Les réformes proposées par la revue
La revue propose une structuration claire des réformes autour de trois axes, à savoir d’abord des réformes fondamentales, ensuite des réformes avancées et enfin des réformes à mettre en œuvre avec l’appui des partenaires.
Les réformes fondamentales visent à consolider le socle de notre système de finances publiques, il s’agit notamment d’améliorer la gestion de base des recettes, de mettre en œuvre l’infrastructure numérique au service de l’administration fiscale, de renforcer la gestion de la trésorerie et de la dette, d’accroître la transparence budgétaire et de mieux coordonner l’aide extérieure.
Sans ces fondamentaux, les réformes plus complexes resteront difficiles à réaliser. Les réformes avancées concernent la modernisation plus poussée de notre gestion budgétaire et de nos ressources humaines.
Recommandations
« La revue recommande entre autres de consolider les progrès en matière d’administration fiscale, d’interconnecter nos systèmes numériques, d’accroître la stabilité budgétaire par la création de fonds de contingence et de budgétisation pluriannuelles, de réformer la gestion des ressources humaines de l’État, de mieux allouer les ressources dans les secteurs sociaux et de renforcer la gouvernance, notamment en matière de commandes publiques et de gestion des entreprises publiques.
Enfin, les réformes, avec les partenaires, préconisent de stabiliser l’appui aux dépenses d’investissement, de mieux exploiter les systèmes de données pour la planification, de renforcer les capacités de l’État par des formations ciblées et d’apporter une assistance technique dans les secteurs clés. Cette articulation des responsabilités entre le gouvernement et les partenaires techniques et financiers est essentielle pour garantir la cohérence et l’efficacité de l’appui international.
Engagements et responsabilités du gouvernement

Face à ces recommandations, le gouvernement entend prendre ses responsabilités et transformer cette revue en un véritable temps d’action. A cet effet, je souhaite, au nom du ministre chargé des Finances et du Budget et du gouvernement, formuler un certain nombre d’engagements de réformes que cet atelier aura pour mission de préciser, de planifier et de prioriser.
Premièrement, nous nous engageons à renforcer de manière significative la mobilisation des recettes intérieures.
L’objectif, tel que suggéré par la revue, est de porter nos recettes intérieures de 10 à au moins 12 % du PIB à court et moyen terme, avec une cible de 15 % à long terme, afin de courir nos dépenses courantes et nos besoins sécuritaires sans compromettre la (viabilité de la dette.
Pour y parvenir, nous travaillerons sur l’élargissement de l’assiette des droits d’assises, l’amélioration de la gestion des arriérés fiscaux, une meilleure fiscalité forestière et minière, la réforme de la tarification des carburants, la mobilisation du potentiel du secteur de télécommunications et, à plus long terme, le développement de la fiscalité foncière.
Deuxièmement, nous nous engageons à moderniser et numériser en profondeur notre administration fiscale et douanière. La revue montre qu’une numérisation extensive, accompagnée d’une gestion plus rigoureuse des exonérations et de la collecte des recettes, peut générer des gains de recettes de l’ordre de 2 points de PIB à court et moyen terme.
Nous poursuivons donc la mise en place de systèmes d’information intégrée, la généralisation des paiements électroniques, le renforcement du recrutement et de la gestion des agents sur la base du mérite et la réduction des exonérations non justifiées, afin de lutter contre l’évasion et la fraude fiscale.
Troisièmement, nous nous engageons à améliorer la gestion de la trésorerie et de la dette publique, notamment par l’achèvement de la mise en œuvre du compte unique du trésor. La revue souligne que, bien que plus de 90% des recettes de l’administration centrale soient désormais versées dans ce compte, les contraintes de trésorerie et les difficultés opérationnelles persistent, limitant sa pleine efficacité.
Nous renforcerons les outils de prévision de trésorerie, clarifierons les responsabilités entre les différentes directions, améliorerons la coordination entre la gestion de la dette et la gestion de la trésorerie et poursuivrons la mise à niveau des systèmes informatiques et du cadre comptable, afin de sécuriser et d’optimiser l’usage des ressources publiques.
Quatrièmement, nous nous engageons à accroître la transparence budgétaire et la qualité de l’information disponible pour l’Assemblée nationale, la société civile et les citoyens. Le classement de notre pays à un rang très faible dans l’évaluation de l’Open Budget Partnership montre que nous devons produire des documents budgétaires plus complets, plus accessibles et plus réguliers.
Nous améliorerons la publication des projets et lois de finances, (des rapports d’exécution, des rapports sur la dette et sur les entreprises publiques et nous renforcerons les mécanismes de contrôle internes et externes, notamment avec la hausse d’autorité pour la bonne gouvernance et la cour des comptes.
Cinquièmement, nous nous engageons à orienter progressivement nos dépenses publiques vers les secteurs du développement humain et les infrastructures structurantes.
La revue rappelle que nos dépenses d’éducation et de santé restent très en deçà des objectifs internationaux, avec des inefficacités importantes dans l’allocation des ressources, par exemple le poids disproportionné des bourses d’études supérieures par rapport à l’enseignement primaire ou à la concentration des dépenses de santé au niveau central.
Nous travaillerons à améliorer l’équilibre entre dépenses de fonctionnement et d’investissement, à mieux cibler les budgets vers les services de proximité et à renforcer la programmation pluriannuelle des investissements pour garantir que chaque franc dépensé apporte un impact réel sur le terrain.
Notre détermination a fait le résultat de cette revue un levier pour transformer en profondeur notre système de finances publiques.
Renforcer la mobilisation des ressources intérieures, améliorer la gestion de la trésorerie de la dette, accroître la transparence budgétaire, réorienter nos dépenses vers le développement humain et les infrastructures et moderniser notre administration fiscale ne sont pas des objectifs abstraits, ce sont des conditions indispensables pour améliorer concrètement la vie de nos concitoyens. Nous savons que ces réformes seront exigeantes, qu’elles demanderont du temps, de la persévérance et un accompagnement technique soutenu.
En retour, le gouvernement s’engage à faire preuve de transparence, de discipline budgétaire et de volonté politique pour mettre en œuvre les mesures convenues.
La présentation des résultats de la revue, ainsi qu’une partie du débat sur ce document crucial, ont eu lieu en présence du Premier ministre, Félix Moloua, qui a exprimé certaines préoccupations concernant l’amélioration du secteur informel.
Le ministre d’État en charge de l’Éducation nationale, Aurélien Simplice Kongbelet Zingas, et le ministre des Mines et de la Géologie, Rufin Benam Beltoungou, ont également soulevé plusieurs préoccupations et contributions pertinentes.
Arsène Jonathan MOSSEAVO

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